Plateforme Pastorale du Tchad
Espace de dialogue sur les politiques publiques de développement pastoral

Causes des conflits liés à la mobilité pastorale et mesures d'atténuations

Auteur(s): André Marty, Pabamé Sougnabé, Djonata Djato, Aché Nabia

Au Tchad, la notion de « conflit » lié à la mobilité pastorale recouvre communément un ensemble de situation pouvant aller du simple litige réglé à l’amiable à de véritables batailles inter-communautaires.


Généralement, ces conflits qui peuvent prendre essor autour d’un point d’eau, d’un champ, sont étroitement liés à des stratégies implicites de gestion de l’espace et des ressources naturelles. Ils sont réglés soit par les protagonistes eux-mêmes soit par les autorités traditionnelles (chef de village et chef de ferrick en premier ressort, puis chef de canton). La discussion se fait sur la base des alliances « ahalié »qui ont été scellées entre communauté au fil de l’histoire et qui définissent les mécanismes de réciprocité existant entre chacune d’elles.
Cette gestion à l’amiable fonctionne assez bien dans de nombreuses parties du pays (comme le Guéra, Baguirmi) et, en inscrivant les liens sociaux dans la durée, est un facteur déterminant de stabilisation.


Cependant depuis ces 20 dernières années, dans les zones surpâturées par l’élevage sédentaire (Ouaddaï, Fitri, Hadjer Lamis), ainsi qu’en zone soudanienne où il y a peu d’ahalié, la résolution des conflits entre agriculteurs et éleveurs est devenue un fonds de commerce pour les forces de l’ordre qui profitent d’instances traditionnelles dépassées pour soudoyer les producteurs. Ces pratiques ont participé activement à recrudescence, ces dernières décennies, de conflits meurtriers entre transhumants et sédentaires (villageois ou agro-pasteurs). Ce fait fut même dénoncé, en 2001, dans une lettre adressée aux administrateurs territoriaux par Le
Président, lui-même, suite à l’affaire du puits d’Am Zafaye où il fut communément admis que la gestion administrative de l’affaire avait été calamiteuse.
Dans un tel contexte, dès la conférence nationale de 1993, de nombreux intellectuels, religieux et chefs traditionnels se sont attelés à développer de nouveaux dispositifs (comité de dialogue des diocésains, comités d’entente du MEC, commission mixte de la Région du Ouaddaï, comité paritaire d’ACRA, comité ad hoc du PROADEL, etc…), afin d’amener les protagonistes à résoudre leurs conflits à l’amiable, sans faire intervenir la force publique. A la fin de la décennie, la Médiation Nationale a même tenté d’animer un processus de révision de la loi sur la transhumance de 1959 mais le projet de loi fut rapidement mis au tiroir face au
levé de bouclier des Association d’éleveurs.

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